Nous vous avons demandé quels étaient vos questionnements scientifiques, vous nous avez répondu! Première question de la série : « Le remède contre l’Alzheimer tarde à être commercialisé, le pourquoi? » D’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas experte dans le domaine. J’ai épluché la littérature à la recherche de la réponse à cette question bien précise, voici donc le fruit de mes lectures.

Définissons d’abord ce qu’est la maladie d’Alzheimer. Le premier cas a été décrit en 1907 par M. Alois Alzheimer. La maladie fait maintenant partie des priorités en santé publique de l’Organisation mondiale de la Santé. Le symptôme le plus connu de l’Alzheimer est la démence, qui se caractérise par un déclin de la mémoire et de la capacité de réflexion, entre autres. La majorité des gens atteints sont âgés de plus de 65 ans. Il existe toutefois une forme précoce de la maladie, qui touche des individus beaucoup plus jeunes. Les symptômes cliniques (perte de mémoire et de fonctions cognitives) font partie du diagnostic, mais ne sont pas les seuls éléments considérés. La présence de plaques amyloïdes et «d’enchevêtrements neurofibrillaires » est aussi un élément diagnostic, nous y reviendrons.

Les symptômes sont assez clairs, bien connus de tous. Mais la cause, elle, est plus floue. Comme pour plusieurs maladies, la cause semble être multifactorielle, bien que la génétique joue un rôle. Il n’y a pas qu’une seule cause et la combinaison de cause n’est peut-être pas toujours la même. À l’heure actuelle, beaucoup de recherche est faite pour comprendre le fonctionnement et le développement de la maladie. Un premier élément de réponse à la question est ici. Il est difficile de trouver un remède quand on ne connaît pas bien la maladie et toutes ses causes, encore plus quand les causes ne sont pas les mêmes pour tout le monde!

Un autre élément de réponse à la question est la difficulté à diagnostiquer rapidement les gens. Des études ont montré que le développement des fameuses plaques amyloïdes se produit bien avant les premiers symptômes. Dans la réalité, les gens consultent à l’apparition des premiers symptômes cognitifs, ce qui semble être trop tard. Le diagnostic se confirme par une combinaison de prélèvements sanguins et d’examens d’imagerie (IRM), ce qui permet aussi d’exclure d’autres possibilités, l’Alzheimer n’étant pas la seule maladie pouvant causer des troubles cognitifs. Ce qui est proposé est donc de trouver des moyens pour diagnostiquer plus tôt, pour prévenir l’arrivée des pertes de mémoire, plutôt que de proposer des traitements qui diminuent les symptômes. Comme la génétique est importante dans le développement de la maladie, il est proposé de cibler les familles à risque et de dépister les anomalies génétiques. Si les anomalies sont présentes, on pourrait alors pousser le dépistage jusqu’à l’imagerie par résonance magnétique, de façon régulière, pour détecter les premiers signes d’apparition des plaques amyloïdes.

Comme mentionné précédemment, « les remèdes » actuels n’en sont pas vraiment, puisqu’ils ne permettent pas de guérir la maladie. La littérature mentionne que plusieurs médicaments n’ont pas passé la troisième étape des essais cliniques. Pour être commercialisé, un nouveau médicament doit passer par plusieurs étapes. D’abord, le futur médicament est testé sur des cellules en culture, dans un pétri. Si le tout est concluant, on passe à la phase animale. Débute ensuite les essais cliniques, en trois phases. La première permet de déterminer la tolérance à la molécule et si elle cause des effets secondaires. Pour cette étape, on recrute des gens en bonne santé. La deuxième phase permet de déterminer la bonne dose à donner et les effets secondaires potentiels selon la dose. Cette étape est réalisée avec des gens malades. Finalement, la troisième phase est celle de l’efficacité, où on compare la molécule à un placebo ou a un médicament qui existe déjà. Pour cette étape, on utilise des gens malades et BEAUCOUP de gens malades. Si dans le cas présent, on a un médicament pour traiter la maladie dans les phases très précoces, mais que très peu de diagnostics sont faits à ce moment, il ne nous reste plus beaucoup de patients à traiter. Moins il y a de participants à l’étude clinique, moins les résultats sont concluants. Il pourrait donc s’agir d’une des raisons de l’avortement de ces projets de développement de nouveaux médicaments.

La clé du succès réside donc dans le dépistage rapide, avant l’apparition des premiers symptômes et dans une meilleure compréhension du développement de la maladie.

Vulgarisation par Ariane Langlois

Références:

Lane C.A., et al. 2017. Alzheimer’s disease. European Journal of Neurology. 2018. 25:59-70.

Dorababu A. 2019. Critical evaluation of current Alzheimer’s drug discovery (2018–19) & futuristic Alzheimer drug model approach. Bioorganic Chemistry. 93.

Long J. M., Holtzman D. M. 2019. Alzheimer Disease: An Update on Pathobiology and Treatment Strategies. Cell. 179 (312-339)

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