L’heure de dîner est source de discussions diverses, les bureaux de Technoscience Estrie ne faisant pas exception ! L’actualité fait souvent partie des conversations (évidemment !) et les nouvelles à sensation l’emportent haut la main. Une des dernières en lice était celle qui mentionnait une diminution de la température corporelle humaine au fil du temps.

Avant d’aller plus loin, commençons par une petite leçon d’histoire. La température corporelle « normale » de 37°C date de 1851. Cette donnée a été obtenue par le médecin allemand Carl Reinhold August Wunderlich après qu’il ait compilé plus d’un million de prises de température. Les outils de l’époque pourraient-ils avoir joué un rôle dans la potentielle surestimation de la température ?

Deux équipes se sont penchées sur la question. La première, en 2007, demande pourquoi se fier à une moyenne pour déterminer si la température corporelle d’un individu est bonne ou non. Selon eux, plusieurs éléments peuvent faire varier la température corporelle, tels que l’âge, le cycle circadien, le métabolisme et le cycle ovulatoire. Une partie de la réponse se trouve dans les données, que l’on ne pouvait pas accumuler il n’y a pas si longtemps. Maintenant, il est beaucoup plus facile de garder ces données et de les comparer et c’est exactement ce que ce groupe a fait.

Des données collectées sur environ 35 000 personnes entre 2009 et 2014 ont été utilisées dans le cadre de cette étude. Les données utilisées sont celles de patients qui ont consulté une consultation externe, pour un examen de routine, supposant donc que leur température était « normale ». Les patients qui consultaient hors des heures normales de cliniques ou suite à une infection récente ont été exclus. La façon de prendre la température a aussi été prise en compte (orale, à l’oreille, à l’aisselle…).

La moyenne générale obtenue est de 36.6°C. Mais attention, la température varie beaucoup selon le moment de la journée, le moment de l’année, la température de la pièce, etc. Des variables individuelles sont aussi en cause (le cancer augmente la température, l’hypothyroïdisme la descend). Le groupe mentionne aussi certaines limitations de la méthode. Par exemple, les données ne proviennent que d’une clinique, donc elles proviennent toutes d’une seule zone climatique. Aussi, comme les données recueillies sont celles de patients en consultations externes, il ne s’agit pas de données provenant d’individus en parfaite santé. En gros, pour être plus représentatives, les prochaines études devront utiliser plus de données, de plus de patients, dans plusieurs contextes.

Passons maintenant à la deuxième étude. En introduction, l’étude mentionne un fait intéressant. À l’époque où M. Wunderlich a fait sa moyenne, l’espérance de vie était de 38 ans et les gens souffraient souvent d’infections, ce qui peut avoir un impact sur la température. L’équipe de recherche a donc analysé trois cohortes de données, prélevées sur différentes périodes (entre 1862 et 1930 (1), entre 1971 et 1975 (2) et entre 2007 et 2017 (3)). L’analyse a montré une diminution de la température entre les cohortes 1 et 2 et entre les cohortes 2 et 3. La température semble aussi diminuer selon l’âge et augmenter selon le poids.

Selon eux, l’instrument servant à prendre la mesure de température ne serait pas en cause dans la différence de la température moyenne observée. Selon leur observation, la température moyenne semble diminuée chaque décennie (par exemple, entre des hommes nés en 1920 et d’autres, nés en 1930). La technologie derrière les appareils de prise de température n’évoluant pas aussi rapidement, la variation serait donc due à autre chose.

Si ce n’est pas la faute des thermomètres, c’est donc qu’il y aurait une cause physiologique, qui vient de notre propre corps. Le métabolisme est le prochain élément sur la liste des suspects. Cependant, les études démontrent que la chaleur dégagée par le métabolisme est liée, entre autres, au poids corporel. Comme le poids de l’homme américain moyen a augmenté depuis le dernier siècle, sa température aurait dû suivre la même tendance…

L’hypothèse de la réduction des infections et donc, de l’inflammation semble encore être la plus plausible. À l’époque, même si les gens semblaient bien portants, ils pouvaient très bien combattre une infection, ce qui a pu biaiser la toute première moyenne (37°C). Les auteurs de l’étude auraient bien aimé pouvoir comparer les données américaines modernes avec des données de pays en développement, qui n’ont pas les mêmes conditions d’hygiène et où la population souffre plus souvent de maladies infectieuses. Malheureusement, ces données n’existent pas, du moins pour l’instant, sauf pour une toute petite cohorte du Pakistan (où la tuberculose est toujours présente). La température moyenne observée est beaucoup plus près de 37°C, ce qui semble confirmer la thèse de l’inflammation.

En conclusion, la température moyenne semble bel et bien avoir diminué, grâce aux meilleures conditions d’hygiène et au fait que les infections sont traitées. Et aussi, pas de panique si vous n’êtes pas exactement sur votre 37°C, c’est normal !

Pour lire les deux études, c’est ici et ici.

Vulgarisation par Ariane Langlois

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